And in the End Was Solitude (on Rāst-Panjgāh)

Compositeur.trice: Jimmie LeBlanc
Pour santour et quatuor de saxophones

**Commande de Quasar

And in the End Was Solitude est la traduction d’un vers issu du poème J’écris blessure de Garous Abdolmalekian. Cette poésie très intense, habitée et animée d’une urgence vitale et tragique, bien que souvent voilée ou intime, m’a fait une très forte impression. Cette découverte de la poésie iranienne s’est inscrite dans mon processus créatif, en parallèle de ma rencontre avec Amir Amiri, le santouriste pour qui ma pièce est écrite. Cette collaboration et ce partage interculturel m’ont entraîné sur un territoire nouveau pour moi, soit au carrefour de la musique traditionnelle persane et de la musique contemporaine occidentale. 

Comme compositeur, j’ai voulu comprendre cette culture musicale et m’en inspirer, tout en poursuivant le développement de ma démarche artistique. D’emblée, je me suis senti très interpellé par la forme musicale du datsgāh, par la richesse des sonorités modales qu’il contient et l’intensité expressive des musicien.nes qui l’interprètent dans un style d’improvisation singulier, et basé sur des modèles mélodiques appelées gushehs. Pour And in the End Was Solitude, j’ai choisi de travailler à partir du datsgāh Rāst-Panjgāh (d’après l’analyse qu’en fait l’ethnomusicologue Hormoz Farhat, puisqu’il s’agit avant tout d’une tradition orale), d’en suivre la structure divisée en 21 gushehs et dessinant un grand parcours modal à la courbe dramatique bien dessinée. Dans une interprétation traditionnelle, chaque gusheh se caractérise par un segment modal et un caractère expressif spécifiques, suivant des morphologies motiviques et une sélection d’intervalles à valoriser à travers l’improvisation. 

Mon projet compositionnel a suivi deux axes principaux : dans un premier temps, je me suis approprié l’idée d’improviser à partir du répertoire de gushehs associé à Rāst-Panjgāh, mais sans me limiter à l’aspect mélodico-rythmique, et en laissant plutôt mon imaginaire sonore réagir librement à leur contact, et en fonctions des possibilités instrumentales de l’ensemble. 

Dans un second temps, j’ai cherché à explorer le potentiel harmonique de ce style essentiellement monodique, en étendant la structure intervallique des modes déjà établis et en créant des sonorités verticales plus complexes. Enfin, la tradition du datsgāh, la composition et la poésie se retrouvent : Rāst-Panjgāh est souvent le dernier moment du cycle complet des datsgāh, et pour Amir Amiri, il symbolise la fin du jour, voire la mort, avant que tout renaisse, et que le cycle recommence… et comme le dit Abdolmalekian : Au commencement était la solitude / Au milieu était la solitude / Et à la fin était la solitude.