Annette Schlunz
(1964 - )
Annette Schlünz est née en 1964 à Dessau, en Allemagne de l’Est. De 1976 à 1983, elle est membre de la classe des jeunes compositeurs de l’école de la Halle sous la direction du compositeur Hans Jürgen Wenzel. Elle étudie ensuite la composition avec Udo Zimmermann à la Musikhochschule de Dresde de 1983 à 1987, puis à l’Akademie der Künste de Berlin avec Paul-Heinz Dittrich, de 1988 à 1991. Elle suit également des cours de direction avec Rudolf Neuhaus ainsi que des cours de piano, de théorie de la musique et de musique électronique. En 1990, elle remporte le prix de composition Hanns Eisler de la Deutschlandradio Berlin pour son trio à corde puis, en 1998, le Künstlerinnenpreis de la ville de Heidelberg.
Annette Schlünz effectue des résidences à Darmstadt (1990, 1992), au studio de musique électronique de l’Akademie der Künste à Berlin (1994, 2002), à la Deutsche Akademie de la Villa Massimo à Rome (1999), à l'Akademie Schloss Solitude de Stuttgart (2000), à la Kulturstiftung Rhein-Neckar-Kreis de Dilsberg (2000), à Kunstlerinnenhof de Bremen (2003) ainsi qu'au Grame à Lyon (2005 et 2007). Ses rencontres avec Iannis Xenakis à Darmstadt et Helmut Lachenmann à Stuttgart ont une certaine influence sur son travail.
Co-fondatrice en 1994 de la Compagnie de Quatre, un ensemble franco-allemand dans lequel elle est musicienne et compositrice, Annette Schlünz écrit pour de nombreux ensembles et festivals qui lui commandent des œuvres.
Elle compose de la musique pour instrument seul (Goldige Zeiten pour violon, 1988 ; Ach, es… pour tuba, 1991), de la musique de chambre (Taubenblaue Schatten haben sich vermischt pour flûte et guitare, 1990 ; Et la pluie se mit à tomber pour six percussionnistes, 1994), de la musique pour orchestre (Picardie, 1992 ; Doch dir darin pour clarinette basse, tuba et orchestre, 2002), des opéras (Matka, 1988, opéra de chambre d’après la pièce de théâtre La Mère de Karel Capek ; Un jour d’été, opéra pour enfants sur un livret de Pierre Garnier, 1996 ; TagNachtTraumstaub, 2000), de la musique vocale (Rosen pour mezzo-soprano, piano et synthétiseur, 1988 ; Ornithopoésie pour douze voix, 1989), avec électronique (Unaufhörliche Schlaflosigkeit pour tuba et bande, 1994) et des œuvres multimédias (Auch ameisen wären gern Vögel pour soprano, 87 voix mixtes, clarinette basse, accordéon, 2 percussions, installation subaquatique, 2002). Elle s'intéresse également à l'écriture musicale pour des lieux atypiques (das das das andere Ufer, 2001, commande du Europaischer Musikmonat Bâle, musique pour la traversée sur les bacs du Rhin à Bâle avec une installation de Thierry Aué).
La poésie et la littérature tiennent une place importante dans ses compositions. Annette Schlünz aime les sonorités des mots qu’elle transcrit musicalement. De même, elle transfère en musique les proportions des poèmes : relation entre les syllabes, nombres de mots…
Fadensonnen pour dix-sept instruments (1993), d’après un mot inventé par Paul Celan, a pour point de départ un carré magique qui forme des structures multiples. Le rythme des mesures, la matière sonore de la composition, les différentes variantes d’orchestration et la composition formelle sont déterminés par les dimensions du carré magique.
Annette Schlünz écrit de nombreuses œuvres sur des textes de Pierre Garnier : Ornithopoésie pour douze voix (1989) ; Tout est rêver pour soprano, clarinette et percussion (1992) ; Glas im brauche pour soprano, flûte, hautbois, clarinette, cor et basson (2004) ; L’air est une pomme pour trois voix et accordéon (2012).
D’autres auteurs sont également à l’honneur : son quatuor à cordes An eine Vernunft (1982) s’appuie sur des textes d’Arthur Rimbaud ; Traumkraut, pour huit musiciens (1995), emprunte son titre à l’écrivain Ivan Goll ; Moccoli pour soprano, clarinette et violoncelle (1999) a pour base des textes de Goethe et l’enregistrement de cette pièce chez Emi Classics est distingué par le Preis der Deutschen Schallplattenkritik.
Pour Taubenblaue schatten haben sich vermischt (1990) pour flûte et guitare, c’est la poésie des troubadours du Sud qui l’inspire. Elle y traite la flûte comme une voix humaine.
La compositrice travaille ainsi sur les modes de jeu instrumentaux et vocaux, qui se rapprochent et se confondent comme dans Aufgelöst (2000). Elle travestit aussi les instruments : un tuba joue avec une embouchure de saxophone, un pavillon de trombone….
Avec l’utilisation de techniques de jeu avancées, le son se transforme en un microcosme qui, par le déploiement de ses composantes, se trouve en mouvement permanent, ce qui lui donne la possibilité d’ouvrir une porte vers un autre monde.
Annette Schlünz puise des événements très simples dans le monde sonore qui l’entoure : un bruit de pas sur la neige ou sur des cailloux, le son d’un arbre sous le vent… les sons extérieurs déclenchent le processus musical, elle crée un climat sonore présent en continu, menant des recherches sur le temps. Intéressée par la notion de vitesse, dans un temps qui se dilate ou se contracte sans cesse, elle souhaite parvenir à arrêter le mouvement pour obtenir un son stable, qui ne bouge pas, tout en changeant de couleurs.
Annette Schlünz exerce aussi une importante activité de pédagogue. Enseignante d’harmonie à la Musikhochschule de Dresde (1987-1992), conseillère artistique auprès du centre de musique contemporaine de Dresde (1987-2006), elle donne de nombreuses masterclasses de composition en Amérique du Sud, au Viêt-Nam, à Copenhague et Chicago.
Professeur de composition en 2009 à la Hochschule für Musik de Weimar et, depuis 2012, au Conservatoire de Strasbourg, elle est en outre chargée de cours d’écriture contemporaine à l'Université de Strasbourg depuis 2010.
En 2013, à Rosheim en Alsace, elle fonde avec Thierry Blondeau une classe de composition pour adolescents ainsi qu’une classe d’initiation à la composition. Sa pièce Traces pour percussions (2014), dont le but est de laisser des traces sonores dans l’espace, relève de la pédagogie Percustra et tient compte des envies sonores et des possibilités techniques d’un non-musicien. La partition est développée en collaboration avec six musiciens amateurs du Lycée Le Corbusier d’Illkirch et Claude Ferrrier, membre des Percussions de Strasbourg. Elle est composée de parties écrites et d’autres qui laissent la place à l’improvisation, avec un choix prédéfini des instruments, un certain nombre d’actions et un cadre temporel fixe.
Annette Schlünz est membre de l'Académie des Arts de Saxe ainsi que de la Freien Akademie Hamburg. Depuis 2014, elle siège aussi au conseil consultatif artistique de HEAR (Haute École des Arts du Rhin) Strasbourg - Mulhouse.