LEFT TO CHANGE / RESTE À CHANGER : three mediations on the work of Ryan Larkin

Compositeur.trice: Scott Edward Godin
Quatuor de saxophones (SATB)

«Il me semblait que je bougeais d’une manière très particulière, que la plupart des autres ne bougeaient pas. »
— Ryan Larkin, Ryan (2004)

LEFT TO CHANGE / RESTE À CHANGER, écrit avec gratitude pour le quatuor de saxophones Quasar, est une exploration musicale de la vie brillante et tourmentée de l’animateur canadien Ryan Larkin (1943–2007). Célèbre pour ses films Cityscape (1966), Street Musique (1972) et Walking (1968), nommé aux Oscars, Larkin a connu une ascension fulgurante comme pionnier de l’animation avant que des problèmes de dépendance ne brisent sa trajectoire, menant à des décennies d’itinérance dans les rues de Montréal. Si les récits dressent souvent le portrait linéaire d’un génie en déclin, la réalité ressemble davantage à une mosaïque de « demi‑vérités » (merci à Denys Bouliane). Le style artistique de Larkin reflétait directement le chaos de sa vie personnelle : les traits qui insufflaient à son animation une liberté sans précédent étaient aussi ceux qui provoquaient des confrontations intenses et l’éloignement de ses collègues.

LEFT TO CHANGE / RESTE À CHANGER se divise en trois méditations musicales distinctes, évoquant ses trois œuvres majeures. Cette composition est profondément personnelle, née de mes propres rencontres avec Larkin à partir de 1996 et de mes réflexions continues sur la frontière fragile entre la fulgurance artistique et l’effondrement intime.

LEFT TO CHANGE / RESTE À CHANGER et « illusions of truth » / « simulacres de vérité »  
Bien que les représentations du corps humain et du paysage chez Larkin demeurent ancrées dans un réalisme moderne, ses films dégagent une forme saisissante de « réalisme magique » postmoderne — à la fois familier et étrangement étranger — mêlant structures traditionnelles et éléments psychédéliques et expérimentaux.

Un thème central de LEFT TO CHANGE / RESTE À CHANGER est la friction entre la convention rigide et l’esprit fluide et transgressif de Larkin. En 1968, le chef‑d’œuvre de Larkin, Walking, a tristement perdu l’Oscar face au Winnie l’ourson de Walt Disney, une œuvre construite selon les « 12 principes de l’animation », normes fondamentales de l’industrie :

Squash and stretch  
Anticipation  
Staging  
Straight‑ahead action and pose‑to‑pose  
Follow through and overlapping action  
Slow in and slow out  
Arc  
Secondary action  
Timing  
Exaggeration  
Solid drawing  
Appeal

À différents moments, la musique « illumine » ces principes de manière sonore, alors que la tension compositionnelle et musicale met en relief l’interaction entre la structure très codifiée des « 12 principes » et les interprétations profondément personnelles de Larkin — une friction qui reflète le dialogue entre esthétique moderne et postmoderne.

En fin de compte, LEFT TO CHANGE / RESTE À CHANGER se veut un hommage à une figure unique et tragique de l’histoire de l’art canadien. En capturant à la fois le mouvement fluide et cinétique de l’animation de Larkin et la « brume » de ses dernières années, l’œuvre invite l’auditeur à réfléchir à ce qui demeure réellement lorsqu’une vie est irrévocablement transformée.


Cette œuvre a été rendue possible grâce au soutien de l’Alberta Foundation for the Arts.